Je saisis la balle au bond suite au commentaire de Didier (merci à lui !)

Voici deux clips, assez vieux ( 1986 et un peu après pour le second) avec un son pas très bon, mais ce sont de jolies chansons qui ont vraiment du sens pour nous. Si je vous laisse chercher tout seul sur Youtube ça va vous prendre un moment (j’ai fait le test : si vous ne connaissez pas le nom de nos groupes, vous allez prendre un temps fou pour les retracer), alors voilà un raccourci !

Ce groupe, Trionyx, n’existe plus mais tous les saint-pierrais et miquelonnais connaissent leurs chansons, essentiellement inspirées de la vie locale et particulièrement de la pêche et la vie au port et en mer. Ce sont presque des hymnes pour nous, à tel point que Le Grand Métier est étudié au collège ici !

Je vous le promets, je vous mettrai de la musique locale de temps en temps !

 

Musique !

Assise sur le bord du bocal

Quel bel outil qu’un tout petit blog ! Il a beau être très modeste ou, en tout cas, en cours de – très lent – développement, maviesurlecaillou.com reçoit malgré tout beaucoup de visites très régulièrement et vous êtes maintenant très nombreux à m’écrire.

C’est assez drôle, j’ai l’impression de me retrouver dans mes années de pré-adolescence où je passais des heures le mercredi après-midi et les samedis et dimanches à répondre à mes correspondants. A l’époque je prenais grand soin de choisir des beaux papiers à lettres, de belles enveloppes, j’écrivais avec ma plus belle écriture des lettres toujours assez longues qui interrogeaient mes amis de très loin sur leur vie tout en leur livrant des informations sur mon quotidien de Saint-Pierraise de 12 ans sur son rocher.

Le numérique a balayé le joli papier et les pleins et déliés de mes enveloppes mais il a tout de même l’avantage de me permettre d’écrire à une petite communauté qui s’élargit. Ca me donne un sentiment de liens qui se créent entre vous et moi et vraiment ça apporte une autre dimension à ma vie insulaire. Alors merci pour vos nombreux messages ! continuez !

bocalVous avez tous en tête une image de SPM (vous me permettez d’utiliser les initiales ?) absolument idéalisée. Comme si nous étions une terre hors de votre monde, flottant, voguant loin, très loin. A vous lire j’ai l’impression d’être assise sur le bord d’un bocal, les pieds dans le vide et quand je me penche pour regarder sous moi, je vois le monde qui s’agite. Souvent vous me dites que vous viendrez à SPM « dans une autre vie » comme si il fallait traverser l’éther et les limbes de l’atlantique pour nous atteindre.

D’ailleurs savez-vous que certains spécialistes sont persuadés que plusieurs des romans de Jules Verne évoquaient en réalité Saint-Pierre et Miquelon ? allez voir ici. Et si l’Ile Mystérieuse était Saint-Pierre ??? On a le brouillard et les naufrages qu’il faut pour mériter ce titre !

C’est un peu ça, vous avez raison. D’une certaine manière nous vivons complètement à la marge et je crois que c’est ce qui vous attire beaucoup.

 

 

Vivre à Saint-Pierre et Miquelon ep. 1

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Je ne vous ai pas encore souhaité la bonne année, mais vous savez qu’on a tout le mois de janvier pour le faire et j’ai l’habitude d’attendre toujours le 15 janvier, comme ça, au moins, ça extrait mes voeux du tumulte de bons sentiments que vous avez traversé ces derniers temps et ça en rajoute juste une petite couche sur le dessus. 🙂

Alors Paillettes et Feux d’Artifices pour vous tous en 2017 !!! Et je vous rappelle ce conseil plein de bon sens qui ressurgit régulièrement : faites 10 000 pas par jour et tout ira bien. Pour le reste, je ne me sens pas en mesure de vous en dire plus : faites de votre mieux !

Voilà, ça c’est fait.

Je reçois beaucoup de courriers de la part de gens qui ont visité mon blog et vous me posez tous grosso modo la même question : comment on vit à Saint-Pierre et Miquelon ? Et franchement, même  moi qui y suis depuis plus de 4 décennies (livrée sur place, en fait), quand je regarde une carte du monde, je me pose la même question et je ne peux pas croire que j’habite à l’année longue sur une île aussi microscopique que Saint-Pierre !!! 25 km2 quand même !!!

Objectivement, c’est incroyable ! et, appelons un chat un chat, OUI c’est fondamentalement différent que de vivre sur un continent, ou une grande île. Et, dans l’ensemble ça se passe bien.

Donc, en vous lisant, je me suis dit:

1-   » pourquoi pas faire profiter tout le monde de ces réponses que je fais par retour d’email ? »

2- plutôt que de parler de MA vie à , parce que vous vous en fichez un peu dans le fond, vous ne me connaissez pas… je pourrais vous parler de LA vie à SPM. (pas mal, ça, hein ?)

Bien sur, vous allez vous retrouver avec des informations qui seront toutes subjectives, puisque données par une seule personne mais ça peut toujours vous apporter quelques éléments de réponse. Donc continuez à me poser des questions, ça va me guider pour les différents sujets que j’aborderai. Pour le moment les grands thèmes qui vous intéressent sont : la météo (forcément !…), les sports pratiqués sur l’archipel, les possibilités pour venir s’installer ici, et le quotidien en général.

Ça vous va si on fait comme ça ?

Et vous pouvez aussi me joindre par Facebook si vous chante, ma page c’est … mon nom, Patricia Detcheverry ( propriétaire gérante chez Nuits Saint-Pierre). Facile.

 

On se parle ?

IMG_4760.JPGhttps://www7.cbox.ws/box/?boxid=822011&boxtag=PkPlYd

Coucou les amis !

Je suis en train de tester quelques extensions pour donner un petit coup de jeune à mon blog alors il arrive toutes sortes de choses que je ne maitrise pas encore … ne soyez donc pas surpris si courriels étranges arrivent dans votre boite mail, comme ce que vous avez reçu aujourd’hui me semble-t’il. Je vous fais d’ailleurs mes plus plates excuses pour ce qui ressemble bien à « de la poubelle en boite ».

Je voudrais mettre en place une façon de communiquer avec vous en direct, on appelle ça une Chat Box mais je suis un peu nulle (mais ne compte pas le rester) et je n’arrive pas bien à l’installer. Si certains d’entre vous savent faire, surtout, n’hésitez pas à venir à mon aide !

Et de quoi pourrions-nous parler ? de Saint-Pierre et Miquelon bien sur ! ça fait plus de 40 ans que j’y vis, je suis devenue assez bonne sur le sujet,  » à force » et ça me ferait plaisir de répondre à vos questions, que vous soyez simples curieux, étudiants, futurs visiteurs, etc… Pour beaucoup, SPM c’est un peu aussi lointain que la lune, beaucoup moins accessible que des contrées reculées de l’Europe de l’Est ou du Grand Nord Canadien. On nous appelle un archipel mythique, ça sonne bien, (« Bonjour, je m’appelle Patricia, et je vis sur un archipel mythique,  » … rien que ça …)

Alors … ça serait chouette si ça marchait cette Chat Box non ?

Si ça vous tente, faites moi signe, s’il vous plait. C’est un peu un défi technologique pour moi et si je sais que certains d’entre vous sont intéressés, ça aidera !

deux ans !

Voilà, ça fait deux ans que je n’ai pas écrit sur ce blog. Autant dire que ce n’est pas un blog, c’est une page lancée dans l’éther et qui flotte, on ne sait trop comment au milieu de nulle part.

Mais pourtant, vivre à Saint-Pierre et Miquelon est vraiment une expérience trop spéciale pour ne pas écrire davantage là dessus. Donc, je ne ferme pas ce blog.

Les activités liées au bicentenaire de Saint-Pierre et Miquelon m’ont pris beaucoup de mon temps libre, mon travail aussi (faut bien !), il ne restait donc plus grand place pour la rêverie …

Alors je réfléchis pour faire évoluer ce blog-ci. J’ai , disons, un peu trop d’idées et là ça va me prendre un moment avant de réussir à mettre tout ça en ordre, et le plan c’est de revenir pour vous servir quelque chose de vraiment bien … pas dans un an, c’est promis !

A bientôt !

 

Moment rare…

Finalement, mon blog pourrait devenir le blog des jours sans vent à Saint-Pierre et Miquelon.

Un blog hyper spécialisé, donc, et qui n’aurait que très peu d’articles par an !

En allant conduire les enfants à l’école c’était si beau dans le port que je suis retournée à la maison chercher mon appareil photo. La luminosité n’attend pas, le orange du lever de soleil était déjà parti quand j’ai été prête, mais même avec ce retard à l’allumage, j’ai pu photographier cet air cristallin, magnifique.

Les JSV me rappellent pourquoi j’ai voulu revenir m’installer dans  l’archipel quand le moment a été venu de faire un choix.

Je suis décidément un animal météo-centré !

Mettez moi de la pluie et des rafales de 40 noeuds (avec de 25 noeuds, ça marche aussi) et je vendrais tout ce que j’ai de plus cher pour quitter cet archipel qui ne veut pas de moi. Dès que le temps se calme, que le vent s’arrête, je cesse de lutter contre les éléments et vraiment, je suis ravie d’être sur cet archipel qui peut être si beau.

Compliqué, quand on sait l’impact que ma volonté seule peut avoir sur le climat !

Il ne me reste plus qu’à profiter de l’instant.

Sautez vous qui avez des bottes !

Sautez vous qui avez des bottes !

C’est en ces termes que Grand-Père nous accueillait mon cousin Xavier et moi à notre arrivée au plain, au début de notre séjour estival à Langlade.

Anse du GVT - Langlade

Le zodiac tenu fermement par des « bonhommes » nous sautions sur les galets en prenant garde à ne pas glisser. Un appui sur un boudin, une main saisie, un bras serré et hop, les deux pieds sur Langlade, à l’Anse du Gouvernement.

Premières secondes des jours heureux de nos vacances d’été.

Le matin, nous nous étions levés de bonne heure pour embarquer d’abord sur le Marguerite H, dans mes souvenirs les plus lointains, puis sur le Mousse.
L’un et l’autre étaient des petits longliners reconvertis pour le transport de passagers – et de toutes sortes d’autres choses, entre Saint-Pierre et Langlade.

Le Mousse était d’un rouge corail pimpant. A l’extérieur, il était équipé de bancs de bois peints en blanc, sur babord et tribord. Au centre, souvent des cabanes à chiens ou des petits groupes de Langladiers émérites posés les jambes  un peu écartées pour resister au roulis.  A l’aller les bancs de babord nous accordaient une vue magnifique sur le Grand Colombier et ses macareux, c’était là que j’avais mes quartiers, quel que soit le temps.

Les hommes restaient debout et fumaient, et les plus frileux papotaient à l’intérieur à côté du carré à bagages.
Ca sentait le pain frais et l’huile de moteur.
Je n’aimais pas beaucoup le bateau mais, comme tous les enfants, j’admirais son capitaine.

Pour nous, un demi-dieu, pour les adultes, un « sacré bon marin ». Pour tous, Jeannot.
Grand, beau, inaltérable, avec sur le visage toujours cette expression de calme olympien et de maîtrise totale des éléments, Jeannot avait ce charme fou qui séduisait tout le monde, hommes ou femmes, toutes générations confondues.
Son travail de capitaine ne se limitait pas à nous amener à bon port, et pour cause : il n’y avait pas de port là où nous allions…  (En 2014 c’est toujours le cas et nous espérons tous qu’il se sera ainsi pour l’éternité.)  Après une bonne heure de route, une fois le Mousse au mouillage face à l’Anse du Gouvernement il nous fallait descendre dans un zodiac annexe avec lequel nous rejoignions la grève. Les plus chanceux des petits se mettaient à côté de Jeannot et c’est EUX qui pilotaient ! Leurs vacances commençaient par quelques instants d’une fierté intense !
Une fois au plain, quelques costauds se saisissaient l’embarcation pour l’immobiliser autant que faire se peut pour que nous en sautions.

Anse du GVT 3- Langlade
Par temps calme, une pissée de lapin.
Par gros temps ou en hiver, une tout autre affaire.
Jeannot, qui l’an dernier pratiquait encore, connaissait tout des vagues, des mouvements du zodiac et du moment opportun pour sauter sans trop se mouiller les pieds.
Une lame arrivait ?… pas de panique, il nous disait doucement « Attends un petit peu, hein… ». On écoutait, on attendait, on bondissait au signal.
Tout avait l’air de couler de source.
La maitrise était parfaite,
Jeannot était notre héros.

Entrait alors en scène l’autre idole de notre enfance : Grand-Père, Georges Ozon pour les locaux.

Il était venu nous chercher avec sa Land Rover bleu pétrole. Suivant son commandement,  nous avions vite atterri à ses côtés, près à regagner Inachi où nous attendait Grand-Mère, Madeleine.

A l’arrière de la jeep, des petites banquettes se dépliaient et nous nous trouvions assis perpendiculaires à la route. Ça n’a l’air de rien, mais on adorait ça. On s’accrochait à une petite bande de coton bien pensée et l’équipée prenait un air d’expédition.

On quittait le Gouvernement pour arriver au Coin du Sable et entamer la traversée des terrains de chez René. Cette route, presqu’un sentier, n’existe plus depuis bien longtemps. Herbeuse, jalonnées de très gros trous sableux c’était ma Nationale 7 à moi.

Ferme Olivier 3

J’entends encore les grincements de la Land Rover que couvrait à peine le joyeux bavardage de Grand-Père.

On le taquinait, le soleil de juin lui avaient déjà fait une marque en biais sur le front, juste à l’endroit où posait ce béret dont il ne se départissait jamais pour peu qu’il soit à l’extérieur. Il nous disait  » aaahhh! …. Torrressionne … Si mon fiseu Tienne… » en grondant et on riait encore plus !

Ah … on arrivait chez René. Il fallait s’arrêter pour dire bonjour. Et probablement échanger quelques informations sur les vols de canards noirs ou sur des chevreuils venus s’aventurer près des habitations.

Monsieur et Madame Olivier possédaient les grandes et magnifiques prairies que nous devions traverser pour atteindre Inachi. Pendant leur jeunesse ils avaient exploité la ferme et divers grands jardins mais je n’en sais pas grand chose, moi je n’ai connu que l’étable, près de leur maison qui accueillait me semble-t-il encore quelques vaches et chevaux. A 6-7 ans, je ne m’intéressais pas tellement à ce que les messieurs dames de l’âge de Grand-Père avaient bien pu faire. Je me souviens de l’odeur : le foin, l’herbe, les sacs de grain pour les chevaux.

Merci pour la photo Dédé

Je me souviens par contre très bien de leurs chiens et surtout de leurs niches. Ces braves bêtes se trouvaient être locataires de niches rondes. J’étais fascinée : comment ça pouvait être à l’intérieur ???

Ça n’avait pas l’air de les rendre heureux parce qu’ils aboyaient beaucoup et ne présentaient aucune sympathie pour les passants. Leurs niches avaient été découpées dans de très grosses bouées, l’une orange, l’autre beige. Je n’ai jamais réussi à tisser des liens d’amitié assez forts avec l’un ou l’autre des occupants pour y entrer, c’est dommage…

On tirait Grand Père par la manche pour qu’il arrête de « blaguer » et on repartait. Il pourrait toujours revenir voir René demain matin après sa chasse matinale dans les marais.

Nous, on voulait voir Grand-Mère !

– à suivre … il y a tant à raconter.

(si vous en possedez, n’hésitez pas à publier des photos de l’époque en commentaires, ça fera plaisir à tous ! merci !)

J’aime les pissenlits.

Pissenlits 3  Le pissenlit est ma fleur préférée.

Non, non, …je ne suis pas en train de la jouer Petite Soeur des Pauvres. Pas du tout.

Le pissenlit est réellement ma fleur préférée.

Je le guette chaque printemps. Je l’attends. Cette année, les fleurs sont arrivées en retard, mais on ne leur en veut pas… Annus horribilis !

Pensez-y, quelle fleur peut vous annoncer les beaux jours avec autant d’acuité que le pissenlit ?

Une hirondelle ne fait pas le printemps, certes, une brassée de pissenlits par contre, tiendra toutes ses promesses. Les coulées jaunes sur fond vert foncé sont bel et bien gages que les beaux jours reviennent.

Pissenlits 4

Le pissenlit a le bon goût d’arriver de lui-même, sans avoir eu à être planté. Et quand il arrive, attention, c’est en fanfare ! il n’est pas du genre qui apparait timidement, sur la pointe des pieds ! Du jour au lendemain, il est partout à la fois et la ville se pare d’un jaune flamboyant qui répond aux rayons de l’astre tant attendu.

Le pissenlit est modeste et n’a pas de parti pris. Il s’étale dans les jardins publics, s’invite chez les jardiniers experts, prospère dans les trottoirs fissurés. Partout,… en milliers de tâches jaune orange comme autant de sourires.

Le pissenlit est la fleur de la joie.

Et c’est la fleur des enfants.

Rappelez vous du premier bouquet que votre enfant vous a offert. C’était 4 fleurs de pissenlits avec des tiges de longueurs différentes que vous vous êtes empressé d’aller mettre dans un verre d’eau, avant d’embrasser le bout d’chou, tout ému.

Le pissenlit se met à la portée de tous et sait véhiculer les sentiments les plus purs. Il mérite le respect.Pissenlits 2

Il vivra un peu plus longtemps que « l’espace d’un matin », il laisse l’instantanéité aux délicates rosacées, c’est heureux. Cependant, quand il se fane, c’est peut-être là que la féerie se révèle. Qui pourrait imaginer que ce cercle pétillant si jaune va devenir ce fragile objet, parfaite sphère de duvet blanc ?

Une métamorphose qui inspire les poètes, les faiseurs de dictionnaires et toujours les petits enfants.

Quel plaisir de souffler  sur un pissenlit en boule, de regarder la myriade de petites graines se balancer au vent, attelées à leur gracile parachute.

En totale apesanteur, déjà indifférentes aux lois du genre terrestre.

Flocons glissants dans l’éther d’une soirée d’été.

Pissenlit 5

Calme Vert

KAYAK PORT REDIM   Tout d’un coup, brutalement, le vent s’est arrêté, la température est montée, l’environnement a cessé d’être hostile.

Le Printemps est arrivé. Un choc.

Après ces dernières semaines subies comme un hiver austral qui se serait trompé d’adresse c’est un profond bouleversement. Pour la nature, et pour les hommes.

Des mois de froid, neige, vent et bourrasques et voilà que subitement, la lutte s’arrête. Ou marque une pause.

Le combat prend fin faute de combattant. Aujourd’hui l’hiver s’est éclipsé.

Un répit. Quelle étrangeté ! Je marche en ville en écoutant les oiseaux, les portières des voitures qui claquent, un chien qui aboie. Les voix au loin  me reviennent en écho. Habituellement le vent couvre ces bruits familiers. Nous vivons dans une bulle sonore.

Plus un souffle, et le monde prend de la profondeur. Je prends conscience qu’il existe autre chose que ce qui est devant mes yeux. Je peux percevoir les bruits de la rue d’à côté. Elle devient réelle. C’est jouissif. Une sensation de confort, d’être au monde.

J’ai envie de voir le calme, je pars à un bout de Saint-Pierre, à l’Anse à Brossard.

RIVAGE

Je m’assoie sur le rivage.

Ici, habituellement, les vagues se fracassent sur la grève, malmènent les rochers. Le lieu est austère par mauvais temps, malgré un panorama toujours intéressant, plein ouest.

Et là, cet après midi, je peux m’y asseoir et me sentir bien.

Juste un doux clapotis de vaguelettes paresseuses, un petit roulis de galets inoffensifs, le monde est bienveillant.

Un garçon vient jeter des cailloux dans l’eau. Il tient son petit chien en laisse. L’ensemble est presqu’un tableau naïf.

En face, Langlade ne s’est toujours pas débarrassée de ses tâches blanches, comme une maladie qui s’accroche. Cette neige, toujours présente me rappelle ce que l’on vient de vivre; Elle me dit qu’on est de revue. Mais pour le moment, elle est sur l’autre rive.  Je suis au printemps, loin.

A côté de moi, près du rocher plat sur lequel je me suis installée, une masse verte. Il fait tellement beau, je m’attarde et regarde. Ma capacité d’émerveillement est intacte. Soulagement….

Le vert est beau comme un alpage. Vif, velouté. Sublime. Le vert des pommes que les décorateurs nord-américains disposent dans les endroits trop épurés pour leur redonner du tonus. Martha Steward ne l’aurait pas renié. Il n’est pas là par hasard !

Un vert qui ramène à la vie, une soierie rutilante. Une ode au soleil. Je m’attends à voir arriver les nixes nicettes aux cheveux verts et naines. Je suis chez elles, ici !

Encore humide, la paroi du rocher est comme un minuscule jardin aquatique uniforme et resplendissant. Je me remplis de cette énergie. Je l’emmagasine, je garde en moi cette force magnifique.

Une promesse de l’été à venir faite en cette journée si singulière.

La météo et nous.

fée clochetteA moins d’être une créature complètement éthérée se nourrissant de pétales de roses et de larmes d’escargots, toute créature vivante est sensible aux conditions météo du lieu qu’elle habite.

On sera tous bien d’accord là dessus.

Un Parisien sera un peu désolé de voir encore un ciel gris quand il se lève le matin, mais son quotidien ne s’en verra pas spécialement bouleversé, sauf s’il avait justement prévu un pique-nique aux Tuileries. Qu’il pourra reporter au lendemain.
Et s’il veut vraiment que les rayons du soleil lui réchauffent ses vieux os après un hiver si humide, il prend sa VOITURE ou le train et en quelques heures il est dans le sud. Paris / Aix-en-Provence, 3 heures en TGV. Un autre monde.

Un Punta-Canien, se lassera peut-être un peu de voir qu’il fait encore beau ce matin, mais il se  fera une raison et n’y pensera plus.

Pour les SPMais,  entre une météo aussi « présente » et nous autres, petits humains qui n’aspirons qu’au bonheur, on ne peut même plus parler d’influence, mais plutôt de DICTATURE.

Notre vie entière, nos occupations, nos envies sont sujets aux caprices de la météo. Globalement, vivre à Saint-Pierre et Miquelon c’est se dire que rien n’est certain quand nos projets incluent un déplacement d’une île à l’autre, ou une activité en plein air. Vivre à Saint-Pierre et Miquelon, c’est oublier que les saisons existent et qu’il est parfois possible sur cette planète de sortir de chez soit en … T-SHIRT !!!

Bien plus que la petitesse des îles,

Plus que l’effectif réduit de notre population,

Plus que l’isolement,

C’est le climat qui pèse le plus lourd sur nos petites épaules.

Vent sur l'Ile aux Marins

Vent sur l’Ile aux Marins

Brouillard, froid, crachin, vent, vent, vent… Neige en automne, en hiver et au printemps … Vent. On attend l’été !

Les deux crapules en manque de vent !

Les deux crapules en manque de vent… Normal, ils venaient de passer 2 jours à St John’s !

Ok ok … ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort; ok … C’est souvent le dernier argument qu’il nous reste pour voir les choses de façon positive.

Peut-être qu’aujourd’hui je vais pouvoir sortir avec mon manteau ouvert ! ça va être la fête !

Port sans vent

Pas un pet de vent, quai Tabarly

Mais fi de tout cela !

Depuis ce matin je me prépare mentalement à un moment rare et délicieux : je vais aller COURIR-SANS-VENT.

Ailleurs, on appelle ça « Course à pied » tout simplement. Mais c’est une activité qu’on a rarement le plaisir de pratiquer en extérieur à Saint-Pierre et Miquelon.

Ici, la course à pied se pratique en général avec un bon 20-25 noeuds. Et ça change tout! Ce sont presque des sports différents  tant le but recherché diffère.

Quand vous courez-sans-vent, votre objectif est de tenir un rythme sur une distance, tout simplement.

Mais quand vous courez-avec-du-vent, vous devez AUSSI :

1) décider si vous prenez le vent de face à l’aller OU au retour,

2) réfléchir longuement à la tenue adéquate pour une sensation polaire avec le vent de face qui va se transformer en température acceptable un fois le vent dans le dos,

3) rester motivé puisque les deux thèmes de réflexion ci-dessus pourraient fort bien vous faire flancher.

4) et enfin, si vous avez passé l’étape 3 avec succès : garder votre optimisme et votre foi dans la vie quand vous vous prendrez les rafales dans la figure alors que vous  serez au bout de Savoyard.

Pour ma part, courir-sans-vent, ça m’arrive une dizaine de fois dans l’année, alors que j’essaie de courir trois fois par semaine. Faites le calcul si vous voulez, moi, je ne préfère pas !

Le reste du temps, on lutte. On se bat contre le vent; c’est épuisant et perdu d’avance.

Et  n’allez surtout pas croire que ça me fait un entraînement à la Rocky Balboa et qu’ensuite  je fends l’air comme une flèche quand je cours avec 5 noeuds. PAS DU TOUT !

Si vous n’avez jamais couru en biais, venez à Saint-Pierre et Miquelon.

Si vous n’avez encore jamais tenté de courir en vous appuyant sur le vent de face tellement il est fort;  si fort que vous avez l’impression qu’il vous retient de tomber : faites le voyage dans nos îles !

Pour conclure :

Le réchauffement climatique, on ne l’a pas encore vu,

L’augmentation du vent annoncé par les météorologues, ça, on l’a !